La Vallée des Dieux

Goshale Village Houses - Maisons traditionelles de la vallee de Kullu.La vallée de Koulou (KULU) en Inde se trouve au pied du Haut Himalaya, à une altitude qui varie entre 1300 et 2500 mètres. La rivière Béas y serpente entre des forêts de cèdres, de chênes verts et des vergers de pommiers, ces derniers étant la richesse de ses riverains, après le tourisme. Le climat y est agréable, semblable à celui de la Provence. Sa population est une des ethnies les plus originales de l’Inde, avec ses villages disséminés dans les montagnes et ses cultures en terrasses. L’été, en plus des pommes, on y trouve le riz que l’altitude a rendu rouge, le maïs et les haricots, rouges eux aussi ! En hiver, il y a la neige qui ensevelit l,orge et le blé déjà plantes.!

Vashisht Village in WinterDans le creux de cette vallée, il n’est pas bien difficile de quitter les grands centres de tourisme comme Manali, , un petit chef-lieu au climat tempéré. Il attire de nos jours des millions de touristes indiens pendant les vacances scolaires du pays, en mai et juin, ainsi que pas mal d’étrangers. Mais le dépaysement n’est jamais très loin : il suffit de faire de courtes randonnées sur les chemins pédestres traversant des forêts magnifiques pour se retrouver au cœur d’une tradition millénaire caractérisée par une population au langage particulier. Nous sommes, en effet, au milieu d’un croisement d’ethnies : indo-aryennes, aryennes et mongoloïdes. Ces derniers sont descendus au cours des siècles des hauts plateaux himalayens, limitrophes de la vallée par le nord, l’ancienne partie ouest du Tibet.

Donc, après une courte marche (mais disons, tout de même, plus ou moins longue !), nous arrivons dans un de ces petits villages de montagne. Nous y trouvons des gens qui partagent leur temps entre le soin de leurs cultures, la garde du bétail et leurs activités sociales et religieuses au caractère unique.

House - Village GoshaleD’abord, c’est l’originalité de leurs habitations qui saute aux yeux dès le premier coup d’oeil : des constructions de bois et de pierres. Deux ou trois rangées de granit mal taillé sont recouvertes d’une poutre de bois et le mur s’élève de cette manière jusqu’au toit qui sera recouvert de lauzes ou de planchettes superposées. La construction est à trois étages. Le rez de chaussée est réservé aux vaches, vénérées dans ce pays (seul le lait peut être consommé, et non la viande). Le deuxième niveau constitue l’habitation proprement dite. Il est entouré d’une véranda sur laquelle la famille prend plaisir à profiter du soleil, surtout pendant les mois d’hiver. Enfin le troisième niveau est un grenier. Naguère, cette pièce servait à cuisiner, en été, quand il n’y avait dans les maisons que des foyers ouverts. La fumée pouvait s’échapper par le toit à une époque de l’année où il n’était plus nécessaire de se chauffer. De nos jours, les habitants ont compris l’intérêt du « tandoor », ce petit réchaud en fer que l’on remplit de bois, et dont la fumée s’échappe vers le toit par un tuyau. Par contre cet étage abrite toujours les divinités personnelles de la famille dans des représentations fondues dans le fer en autant d’emblèmes de chaînes ou de sabres transmis de générations en générations et ainsi conservées à l’abri de toute souillure dans un pan de mur de la partie haute de la maison.  Il n’y a pas que l ‘esprit des dieux de famille qui occupent le pan des murs du grenier. Certains propriétaires ont trouvé le moyen de joindre l’utile à l’agréable. Des niches pratiquées dans le mur abritent des ruches. Elles sont closes, à l’intérieur, par des planches recouvertes de bouse de vache et ouvertes en octobre pour en récolter le miel.

Vashisht Village Temple SquareQuand ils ne travaillent pas dans les champs ou s’ils ne prennent pas le soleil dans leur véranda, les habitants de la vallée se retrouvent surtout sur la place du village. C’est l’endroit public préféré des villageois. Cet endroit est entouré de temples hindous. C’est là que l’on vénère le saint protecteur de la communauté. Quand on dit « LE SAINT PROTECTEUR », il faut entendre une multitude de divinités mi-autochtones et mi-hindoues mélangées dans un harmonieux syncrétisme1 et implorées selon la nécessité du moment. La tradition rapporte que 350 divinités habitent la vallée : ce sont, soit des « Rishis » ou grands sages dont l’esprit règne sur le lieu depuis des temps immémoriaux, soit des divinités féminines qui assurent à leurs disciples protection, fécondité et en général, bien-être, soit des dieux issus du panthéon propre a l’Hinduisme .

Ces dieux sont représentés en idoles dans des temples en bois magnifiquement sculptés ou en effigies que les villageois promènent sur un palanquin lorsque l’esprit a besoin de sortir. C’est un temps fort pour la communauté : quatre porteurs dans leurs plus beaux habits sont coiffés du chapeau traditionnel de la vallée. Précédé par le chamane, portent l,habit du berger, et l’orchestre du temple, constitué de différents tambours et trompes , le dieu est suivi par une grande partie du village.

Vashisht Village Devata & devotee in the village square.Le dieu, « l’âme du village » ou encore « l’Esprit », peut se rendre soit vers un lac de grande altitude afin de se purifier, soit vers un autre village afin d’y rencontrer d’autres divinités ou encore dans la maison d’un particulier qui célébrera sa venue par une grande fête dans la cour de sa demeure. Cependant, la promenade n’est pas de tout repos ! Parfois, pendant une de ces sorties, la divinité emballe son palanquin ; ses porteurs penchent à droite, à gauche, jurent qu’ils n’y sont pour rien et que c’est seulement l’esprit qui parle. Tout ce remue-ménage se déroule au son d’une musique assourdissante de tambours dont le rythme monte et descend alternativement pour exprimer l’humeur du divin, une humeur tantôt joyeuse, tantôt mécontente de l’attitude de ses croyants mais qui peut aussi avertir d’un danger comme l’inondation, la sécheresse ou l’incendie. Soudain, toujours précédant le cortège, le chamane entre en transe : la tête tourne, les yeux se perdent derrière les paupières, ses mouvements deviennent incontrôlables. Il se met à sauter sur place. Puis, dans une voix sortie d’ailleurs, il transmet aux villageois la volonté de l’esprit. C’est au cours de ces « processions » que l’on peut admirer toute la tradition des vallées. Si, de nos jours, les tenues vestimentaires ont beaucoup changé, on rencontre encore des villageois habillés de leurs habits de laine, tissés « maison », pantalon, veste et coiffés du chapeau traditionnel. Cette tenue est portée été comme hiver, à l’instar de celle des bergers qu’ils furent autrefois avant de se mettre à travailler la terre plus sérieusement.Village woman wearing Patou Les villageoises, quant à elles, sont plus traditionnelles et nombreuses à porter le « patou » : une simple couverture adaptée aux travaux de la ferme. Mais ce vêtement peut être aussi une parure de gala : certains patous sont merveilleusement tissés de motifs et les femmes les revêtent lors des cérémonies et des jours de fête ; elles s’en entourent le corps. La taille est ceinturée d’une bande de tissu. Le vêtement est maintenu aux épaules par deux aiguilles d’argent fixées à une chaîne. Ce dispositif leur permet non seulement d’ajuster le patou selon le confort voulu mais aussi de libérer un espace dans le dos afin d’y « accrocher » le dernier-né pour la promenade

Enfin, c’est le retour : on redescend comme on est monté, mais quand on retrouve la ville, quelle déception ! Tout est différent. On a vraiment l’impression que la machine à remonter le temps n’est qu’à quelques kilomètres, là où nous avons trouvé une communion entre la nature, la dévotion et une organisation sociale parfaitement rodée. Les scènes festives de ces villages sont tellement vivantes et colorées qu’on se croirait plongé dans un film sans réalisateur. Ce qui reste en mémoire, c’est surtout la musique de cet « orchestre divin » qui animait la ferveur de la foule et dont les percussions provoquaient inévitablement des frissons chez tous les participants. Etait-ce la mise en scène ou le souffle divin qui nous a mis dans un tel état …

On a en tout cas le sentiment d’avoir touché l’intemporel ; c’est d’ailleurs une sensation fréquente pour qui se promène dans la vaste mosaïque de l’Inde ! Mais Manali nous ramène vite à la réalité ! La route pour y redescendre fait froid dans le dos, mais ce n’est plus le même frisson…

(écrit par Maharaj).

 

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